Une présentation de Rama Leclerc
Les Shipibo-Konibo forment un peuple d'environ 35,000 personnes établies au sein de 120 communautés, le long du fleuve Ucayali et de ses affluents en Amazonie péruvienne. Ils appartiennent à la famille ethnolinguistique pano. Les Shipibo vivent traditionnellement de la chasse, de la pêche et de l'horticulture. "Traditionnellement" car la déforestation de l'industrie massive du bois a pour conséquence la diminution des ressources naturelles.
Aujourd'hui et depuis déjà quelques décennies, afin d'obtenir un revenu, les
femmes élaborent des objets artisanaux tels que des bijoux (colliers et bracelets)
à base de graines naturelles, des toiles et des poteries recouvertes de dessins
géométriques. Ces dessins finement tracés, autrefois sur des supports variés -
matériels (objets divers tels que des armes rituelles, des récipients de fête,
un canoë etc.) et humains (parties du corps peintes lors de fêtes telles que le
visage et les mollets) - valent aux femmes shipibo d'être reconnues au niveau
local, national et international. Par ailleurs, ces dessins sont aussi
perceptibles par le chamane au cours de ses visions induites par le breuvage
ayahuasca.
La notion de médecine des Indiens shipibo recouvre deux aspects essentiels
représentés chacun par des spécialistes distincts : - les onan, meraya ou yobe
(terme vernaculaire désignant la fonction générique de "chamane")
qui, par leur initiation au moyen de l'absorption de plantes, instaurent un
contact direct avec les esprits des plantes, des animaux, des espaces naturels,
des morts, etc. - les raomis (de rao: "remède", et -mis: "spécialiste";
on peut traduire le terme indigène raomis par végétaliste) qui connaissent
parfaitement les propriétés des plantes et préparent des remèdes élaborés pour
des maladies physiologiques particulières. Ainsi, les premiers spécialistes
traitent avec le monde de l'invisible tandis que les seconds ont affaire au
monde du visible. Chez les Shipibo-Konibo, les raomis sont principalement des
femmes qui utilisent leurs savoirs sur les végétaux dans les premiers soins
prodigués à leurs enfants. C'est tout naturellement, qu'elles confectionnent
des colliers et bracelets à base de graines d'arbres et d'arbustes poussant en
forêt et dans leurs jardins.
En tant qu’ethnologue, j'ai eu l'opportunité de vivre plusieurs mois dans
différentes familles shipibo lors de mon travail de recherche scientifique. Au
cours d'un dernier voyage, j'ai acheté une grande quantité de bijoux afin de
les remercier de leur accueil et de leur apporter une aide financière
substantielle. Les débouchés du marché local sont saturés et les femmes Shipibo
trouvent difficilement des acquéreurs potentiels de leurs produits à un prix
décent. Afin de créer une voie de commercialisation en France et de proposer à
ces femmes un nouveau marché, nous commercialisons cet artisanat.
Rama Leclerc
